8/10Constantinopolis

/ Critique - écrit par Ryo, le 27/03/2012
Notre verdict : 8/10 - Réussitopolis (Ecrivez votre critique)

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L’autre soir, en rentrant chez moi, j’ai trouvé un mystérieux paquet qui m’attendait et un non moins mystérieux message audio qui l’accompagnait. Voici ce qu’il disait : « Bonjour ami Krinaute. Votre mission, si vous l’acceptez, consistera à tester et à faire la critique du jeu Constantinopolis de chez Edge Entertainment. Bien sûr si vous ou l’un de vos collaborateurs n’étiez pas convaincus lors de cette mission, Krinein nierait toute implication avec vous. Ce message s’autodétruira dans cinq secondes. Bonne chance ami Krinaute. ». Wah : le choc était rude. Tester un jeu de gestion historique… !? Un jeu sans dragons, sans monstres, sans valeureux héros pour combattre les forces du mal, sans abominations venues d’une quelconque planète pour détruire le monde, sans héros bodybuildés suréquipés, sans pleins de petites figurines… !? Je n’avais clairement pas été formé pour cela ! La mission s’annonçait clairement comme… impossible. Et pourtant, prenant mon courage à deux mains, je n’avais d’autres choix que de l’accomplir.

Pas chers mes petits cubes !

Constantinopolis
Quelques tuiles de jeu
Constantinopolis
vous place donc dans la peau d’un marchand de Constantinople (au sixième siècle, c’est la ville la plus grande et la plus riche des villes européennes, mais aussi la plus grande place commerciale de l’époque médiévale puisqu’elle fait la jonction entre l’Europe et l’Asie). Tout au long de la partie, vous chercherez à accroitre votre fortune et à gagner de la notoriété en produisant différents types de marchandises pour les vendre aux marchés de la ville ou bien à l’étranger via votre flotte marchande. Le but ultime étant d’avoir au final plus de points de notoriété que vos adversaires. Je ne tenterai pas de vous résumer exhaustivement les quinze pages de règles, car celles-ci, bien qu’assez logiques au final, sont tout de même assez denses et nécessitent plusieurs tours de jeu afin d’être retenues et comprises (le fait de retrouver certaines actions similaires dans plusieurs phases n’arrangent pas les choses). Sachez toutefois que vous serez amenés petit à petit à acheter différents bâtiments de villes qui vous octroieront soit directement des marchandises (les Bâtiments de Production), soit la possibilité de les échanger contre de l’argent (les Bâtiments Commerciaux), soit de gagner des points de notoriété (les Bâtiments Publics et Murs de la Cité), soit d’obtenir des avantages autres (les Bâtiments de Service). Avec vos marchandises ainsi obtenues (il y en a cinq types différents allant de la plus commune et la plus facile à produire à la plus luxueuse et recherchée et très difficilement accessible), vous pourrez, en plus de les vendre ou les échanger au marché local, accepter des contrats de livraison, gérer une flotte de différents vaisseaux commerciaux et organiser des expéditions afin de gagner de nouveaux marchés, tout cela dans le but de gagner toujours plus d’or et de points de notoriété.

Absence de hasard

Constantinopolis
Le plateau de jeu
On le voit donc bien, Constantinopolis lorgne plutôt du côté des bons gros jeux de gestion avec tout ce que cela implique : achat de bâtiments, production de marchandises, système d’enchères (même s’il est ici assez timide et non déterminant pour la suite des évènements) pour acquérir des avantages, maximisation de son capital de départ en fonction de ce que l’on va construire, contrats diverses à honorer, taux de change variables d’un moment à l’autre de la partie, absence de hasard… Comment ça « absence de hasard » alors que l’on pioche les cartes de contrats aléatoirement ? Et bien oui : malgré le fait que l’on pioche des cartes au hasard, cela ne perturbe en général pas trop la stratégie établie car le hasard est ici maitrisé et l’on peut toujours s’en sortir soit avec le transport de passagers, soit avec la vente de marchandises sur le marché sans honorer les contrats qui ne nous conviennent pas (c’est d’autant plus vrai que l’on avance dans la partie : plus on possède de bâtiments de revente de marchandises et plus on peut se passer des contrats et des expéditions, ou tout du moins, on peut faire les deux). De cette absence de hasard et de cet aspect gestion pointue se dégage une conséquence importante : même s’il existe différentes stratégies pour gagner (grosse flotte pour engranger le maximum de contrats, achat et revente systématique de marchandises, amasser de l’argent pour acquérir des bâtiments publics synonymes de points de victoire, s’emparer de tous les Murs de la Cité etc…), toute erreur peut être fatale. En effet se tromper dans l’achat d’un bâtiment et ne pas le rentabiliser par la suite vous fera rapidement perdre du temps par rapport à vos adversaires (et donc de l’argent). Les débuts de partie sont donc cruciaux et révélateurs de la suite de la partie. Un joueur qui prend un peu de retard en début de partie n’arrivera jamais vraiment à combler ce retard par la suite. Il faudra donc être rigoureux dans la gestion de sa ville et avoir un plan et une logique à long terme et de préférence s’y tenir. Evidemment le système d’enchères pour acquérir des Charges Publiques (qui donnent diverses bonus tels que de l’argent, des marchandises gratuites, avoir un plus grand choix de contrats etc…), la pioche des contrats et les actions de vos adversaires pourront venir perturber vos plans.

Impossible de tout construire

Constantinopolis
La feuille de Cité du joueur
Alors Constantinopolis, meilleur jeu de gestion de l’année… ??? N’étant pas plus fan que ça de ce genre de jeu et surtout n’étant pas spécialement un adepte (vous l’aurez compris à mon intro), je ne me lancerai pas dans cette polémique et ne le comparerai pas aux autres jeux de gestion existants déjà. Néanmoins, j’y ai pris un plaisir certain et le fait de s’enrichir et de voir son commerce fleurir au fur et à mesure de la partie est très plaisant. Le fait qu’il y ait un nombre de tours défini (neuf au total) et relativement court permet au jeu de ne jamais s’embourber et lui insuffle un certain rythme. On est véritablement dans une course à l’objectif effrénée, sans temps morts, et cela d’autant plus que lors de quasiment toutes les phases, tous les joueurs peuvent jouer en même temps. Le matériel est également, quant à lui, suffisamment attractif pour que l’on ait envie de se plonger sans problème dans cette époque lointaine. La reconstitution de la ville ainsi que les petites tuiles de bâtiments sont bien mis en valeur. Par contre les cubes en bois représentant les marchandises font une peu pâle figure (je sais que c’est la norme dans de nombreux jeux de gestion mais je n’ai jamais été très fan) et ne sont d’ailleurs pas forcément assez nombreux dans certaines parties à quatre joueurs. Du point de vue de l’ergonomie, de petites choses auraient pu être améliorées concernant les marchandises utilisées sur les cartes Marché et les Bâtiments Commerciaux. Il est, en effet, vite fait de se tromper et, dans la précipitation à jouer, de gruger ses adversaires (involontairement voyons : ne me prenez pas pour quelqu’un de malhonnête). Pour finir sur les quelques points qui auraient pu être améliorés, citons le peu d’interactivité entre les joueurs : chacun fait son truc dans son coin sans trop regarder ce que fait l’autre (vous me direz c’est le pendant négatif d’avoir des phases en simultané mais qui font gagner du temps) sauf pendant la phase d’enchères et la phase d’achat des bâtiments. Il aurait d’ailleurs été de bon ton de pouvoir faire quelques crasses à ses adversaires, histoire de dynamiser un peu les échanges. Enfin , certains bâtiments sont un peu trop puissants et donnent du coup lieu à une bonne foire d’empoigne et course aux piécettes pour les obtenir en premier comme l’Horreum qui permet de conserver cinq marchandises à la fin du tour (au lieu de n’en conserver qu’une seule) ou bien le Redemptor qui permet d’avoir une remise de cinq pièces sur l’achat d’un bâtiment moyennant une marchandise industrielle. Ceux qui n’auront pas la chance d’acquérir rapidement un de ces fameux bâtiments risquent d’en pâtir par la suite et du coup de continuer la partie avec un handicap certain.

Une bonne surprise au final

Constantinopolis
Quelques contrats et cartes de flottes marchandes
Au final, Constantinopolis se révèle donc comme une bonne surprise de la part d’un éditeur qui ne nous a pas forcément habitué à ce genre de jeu de gestion pur et dur. Le matériel est beau même si de légers soucis liés à l’ergonomie se font jour au fur et à mesure des parties (manque de place pour certaines actions). Les possibilités pour s’enrichir sont multiples et le jeu est logique même s’il faut quand même quelques tours avant de tout appréhender et se familiariser complètement avec les actions de jeu. Enfin le rythme y est assez rapide du fait du nombre limité de tours de jeu. D’ailleurs Constantinopolis me fait un peu penser à Civilization de ce point de vu là car le joueur sera en permanence confronté à des choix multiples lors de ses phases de jeu et il est évident qu’en seulement neuf tours, il ne pourra faire tout ce qu’il désire. D’où une petite frustration, mais également une envie certaine d’y rejouer : et ça mine de rien, c’est tout ce qu’on demande à un bon jeu… !

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