Blue Orange
Blue Orange veut être la porte d’entrée du jeu moderne. Le plus difficile n’est pas d’y faire entrer les joueurs, mais de leur donner une raison de rester.
Blue Orange veut être la porte d’entrée du jeu de société moderne. La formule pourrait sentir la brochure commerciale, mais le catalogue lui donne un contenu assez précis : des règles que l’on transmet vite, un matériel immédiatement lisible et des boîtes capables de passer des enfants aux adultes sans demander à ces derniers de jouer par politesse.
Kingdomino reste l’exemple évident. Bruno Cathala y a ramené la pose de tuiles à un royaume de cinq cases sur cinq, avec un ordre du tour qui oblige à choisir entre une bonne tuile et la priorité suivante. Le Spiel des Jahres 2017 a installé le jeu pour longtemps, puis Dragomino a repris l’idée pour les enfants sans simplement retirer les choix. Photosynthesis, Planet ou Taco Chat Bouc Cheese Pizza montrent les deux autres visages de la maison : le matériel qui attire l’œil et le jeu d’ambiance qui se transmet presque oralement.
Créé en 2005, Blue Orange a choisi en 2022 de réduire ses sorties à douze jeux par an. Ce chiffre est moins anecdotique qu’il n’y paraît dans un secteur où la nouveauté chasse parfois la boîte précédente avant qu’elle ait trouvé son public. L’éditeur préfère défendre plus longtemps ses succès, organiser des championnats et faire vivre ses gammes.
La simplicité est une vertu délicate. Trop poussée, elle produit un jeu que l’on oublie après deux parties. Blue Orange est intéressant lorsqu’il garde une petite aspérité : l’ordre des dominos, l’ombre des arbres, une main qui tape trop tôt sur la mauvaise carte. Juste ce qu’il faut pour que la porte d’entrée ne donne pas sur un couloir vide.





