La Part du Lion : le hasard rafle la mise
La part belle au hasard
De jolies cartes, des parties rapides et un testament qui peut tout faire s’écrouler : on passe un bon moment avec La Part du Lion. Après plusieurs parties, il reste pourtant difficile de comprendre comment mieux jouer.
Le roi peut mourir tranquille : autour de lui, tout le monde s’occupe déjà de son argent. Dans La Part du Lion, on cherche à gagner les faveurs des héritiers pour récupérer leur fortune quand la succession sera réglée. Ce petit jeu de cartes de Tore Naess, illustré par Christopher Matt, est sorti en 2026 chez Merle Éditions, avec Gigamic à la distribution. J’y ai surtout joué à quatre, et les parties vont vite. Heureusement, parce que la toute première est assez pénible : on a lu la règle, elle est courte, on sait quelles actions effectuer, mais on ne sait absolument pas à quoi s’attendre.
Le livret décrit les mécanismes sans vraiment expliquer leurs enjeux. Il faut jouer une première fois pour comprendre ce qu’on devrait essayer de faire, quels intérêts on défend et comment on pourrait espérer gagner. L’explication d’un tour ne suffit pas à donner cette vue d’ensemble. C’est dommage pour un jeu de ce format, d’autant que les illustrations donnent franchement envie de s’y mettre. Les personnages de Christopher Matt sont superbes et l’ensemble se lit bien. La boîte est compacte et permet de bien tout ranger : simple et efficace. Mais pourquoi, ô oui, pourquoi, avoir dessiné de si petites miniatures de cartes dans les indications d’effets ? On les déchiffre, oui, mais il y avait de la place pour les agrandir.

Photo : Krinein
Sept héritiers sont disposés dans un ordre de succession qui pourra changer durant la partie. À son tour, on pioche deux cartes. On en conserve une face cachée : elle représentera notre influence sur le personnage qu’elle montre. Avec l’autre, on peut manigancer, c’est-à-dire la défausser pour appliquer immédiatement son effet, ou comploter en la glissant dans le testament, où elle attendra la fin de la partie. On peut ainsi principalement déplacer les héritiers ou modifier leurs richesses.
Après épuisement de la première pioche, on remélange la défausse avec trois cartes Tombeau. La troisième carte tombeau qui sera révélée provoquera la mort du roi. On applique alors les complots dans leur ordre de pose, puis on distribue l’argent restant du souverain selon la position des héritiers. Pour chacun, on compare enfin les influences : les cartes gardées secrètes et le placement de jetons Courtisan comptent. Le joueur majoritaire récupère sa fortune, partagée en cas d’égalité. Le plus riche gagne.
Il y a des effets intéressants, et cette double utilisation des cartes laisse espérer quelques choix difficiles. Mais avec les deux cartes qu’on vient de piocher, on a surtout l’impression de choisir le moins pire, puis de passer la main. Le hasard fait vraiment beaucoup de choses. Il manque un petit mécanisme fixe, une action sur laquelle on pourrait compter pour réduire cette dépendance au tirage. En l’état, on compose avec ce qui arrive, avec une prise assez limitée sur la suite, et cette impression persiste après plusieurs parties.
On peut deviner quels héritiers les autres soutiennent. Cela ne m’a pas semblé avoir tellement d’importance : on essaie de peser davantage qu’eux sur le même personnage, ou on se rabat sur un héritier qui n’intéresse personne, en espérant qu’il aura quelque chose à nous laisser. On suit les mouvements d’argent, on prend ses décisions, mais la chance reste suffisamment présente pour rendre les grandes ambitions stratégiques un peu hasardeuses.

Photo : Krinein
Et puis on lit le testament. Là, c’est amusant : tout s’effondre comme avec la carapace bleue de Mario Kart. Les positions bougent, les fortunes aussi, et il faut bien accepter le résultat. Certains vous expliqueront sans doute qu’ils avaient tout planifié (évidemment). Moi, j’y vois surtout un bon coup de chance. Cela fait rire parce qu’on comprend assez vite que tout ça est un peu sans conséquence. La partie se joue vite, sa résolution aussi, et personne n’a passé la soirée à préparer ce qui vient de s’écrouler.
Finalement, on passe un bon moment avec La Part du Lion. Les parties sont rapides, le testament fait son petit effet et les retournements nous amusent. Ce qui me laisse sur ma faim, c’est qu’après plusieurs parties, j’ai encore du mal à comprendre comment agir pour devenir meilleur. Je connais les effets, je vois ce que je peux tenter, mais je peine à savoir ce qu’il faudrait changer dans ma façon de jouer. On peut tout à fait y revenir pour le plaisir de ces successions mouvementées. J’aimerais simplement mieux comprendre comment augmenter mes chances de remporter la suivante.





