Qui a tué Armand Pichon ? : une enquête, pas un escape game
Un meurtre à la carte.
Fiche technique →Cette critique figure dans nos 4 étoiles et plus.
La quatrième enquête de poche de Dossiers Criminels embarque sur une péniche gastronomique parisienne, où un chef multi-étoilé finit poignardé. Soixante cartes, aucune règle à lire, et surtout aucune de ces énigmes hors sujet qui plombent les escape games en boîte…
On était quatre autour de la table, et pendant un bon moment personne n’était d’accord avec personne. Chacun avait son coupable, sa conviction intime, sa fausse piste préférée. Puis les cartes se sont accumulées, les recoupements ont commencé à tomber, et sans qu’on sache très bien à quel moment, on s’est retrouvés à dire la même chose en même temps.
Le décor de cette quatrième enquête de la gamme Dossiers Criminels Pocket, chez Platonia Games (sortie fin juillet en même temps que sa jumelle, Qui a tué Isabella Vega ?), est une péniche gastronomique amarrée à Paris, L’Aurore, où le chef multi-étoilé Armand Pichon est retrouvé poignardé. Personne n’a pu quitter le bateau : le coupable est parmi les clients ou dans la brigade. Et il y a une seconde question, qui n’est pas la plus simple des deux : identifier le critique culinaire venu dîner incognito ce soir-là. De l’émotion, des couteaux, et une belle traversée de Paris sur la Seine.
- 60 cartes dans une pochette zippée
- 1 à 6 joueurs, dès 14 ans
- 45 min par enquête
- 11,99 € en boutique
Tout tient dans un sachet zippé qu’on déchire et qu’on referme, façon sac de congélation. Pas de livret, pas de plateau, pas d’application : la première carte plante le décor et pose les questions, les autres sont des indices dans le désordre. On vide tout sur la table (nous on a fait une par une, mais pour d'autres titres de la licence, on s'était réparti des petits tas de cartes, tout est possible), on trie, on regroupe, on rapproche. Papier et crayon obligatoires, aucun chronomètre, aucun score. C’est propre, c’est lisible, et ça tient sur une table pour quatre.
Le seul moment où un téléphone sert, c’est à la fin. On scanne un QR code et on récupère la solution complète et détaillée : qui, pourquoi, comment, dans l’ordre. C’est bien vu, parce qu’on repart ainsi avec toute l’histoire et on mesure à quel point on était près ou loin, qu’on ait trouvé ou non. La grande boîte classique, elle, réclame un écran du début à la fin. La version de poche s’en passe entièrement, et c’est tout son intérêt.
Mais ce que j’aime le plus dans Dossiers Criminels, c’est ce que le jeu ne fait pas. Dans un Exit ou un Unlock, on vous colle des mini-jeux qui n’ont rien à voir avec la choucroute : un puzzle à reconstituer, un pliage, une manipulation posée là pour occuper. Vous calez dessus, l’enquête s’arrête, alors que vous n’avez rien raté du raisonnement. Ici, un dossier, des indices, de la déduction, et on se sent réellement enquêteur. Les indices demandent parfois d’être traités, analysés, mis face à face, mais la vérité se trouve en réfléchissant et en ne ratant aucun détail. C’est la force de la gamme depuis le début.
Les fausses pistes sont là, plus ou moins grosses, plus ou moins tentantes, et l’histoire tient debout d’un bout à l’autre : on peut la retourner après coup, rien ne dépasse. C’est plus rare qu’on ne croit dans le genre. Reste un déséquilibre entre les deux questions. Le meurtrier est copieusement servi, les indices s’empilent, on converge dessus sans forcer. Le critique culinaire, lui, finit par tomber tout seul, presque par élimination. Il n’est pas mieux caché, juste moins écrit : beaucoup de cartes concernent le meurtrier, très peu le concernent lui.
L’autre revers est dans le principe même du format : soixante cartes, ça se lit une par une, et c’est forcément un peu monotone. Avec quelqu’un de plus jeune à la table, la grande boîte et ses documents de toutes natures offrent nettement plus de variété. Cela dit, la pochette est marquée 14 ans et plus (on ne va pas lui reprocher bien longtemps de ne pas être un jeu pour enfants). On ne sait jamais, mais quand même…
Les trois quarts d’heure annoncés sont tenus, sans qu’on ait eu besoin de regarder l’heure. Une fois l’affaire résolue, la pochette ne servira plus, évidemment : on connaît le coupable, on ne rejoue pas. Le prix d’une place de cinéma pour une soirée à quatre, le calcul est vite fait, et rien n’empêche de la faire tourner ensuite. La nôtre partira chez des amis, qui enquêteront de leur côté.
Finalement, Qui a tué Armand Pichon ? est une petite enquête honnête, bien tenue, qui fait précisément ce qu’elle promet. Si vous n’avez jamais touché à un jeu d’enquête et que vous vous demandez si le genre est pour vous, commencez par là, pour ce prix vous ne risquez rien. Si vous voulez du matériel, des pièces à conviction à déplier et à retourner dans tous les sens, prenez plutôt une grande boîte. Nous, on a tout trouvé, le coupable et le critique. Ce qui, je le reconnais, aide beaucoup à trouver qu’un jeu est réussi.





