Qui a tué Isabella Vega ? : la bonne enquête, le mauvais plateau
Cinquième enquête de poche de Dossiers Criminels, et une sur laquelle on se plante : le coupable était sous nos yeux, on l’a écarté parce qu’il paraissait trop évident. Le système, lui, ne triche pas. C’est le décor de téléréalité qui ne prend pas…
On n’a pas trouvé. Le lanceur d’alerte, oui, assez vite et sans grande discussion autour de la table. L’assassin, non. Et le plus vexant, c’est qu’en lisant la solution on s’est aperçus que les indices étaient tous là, sous nos yeux, depuis un bon moment. On les avait vus. On les avait écartés parce que ça semblait un peu gros.
Qui a tué Isabella Vega ? est la cinquième enquête de poche de Dossiers Criminels, chez Platonia Games, sortie le même jour que sa jumelle et bâtie exactement pareil : une pochette zippée, une cinquantaine de cartes en vrac, aucune règle à lire, un QR code à la fin pour la solution complète. Si le principe vous est étranger, tout est expliqué dans notre critique de Qui a tué Armand Pichon ?. Ici, on va parler de ce qui change.
- 50+ cartes dans une pochette zippée
- 1 à 6 joueurs, dès 14 ans
- 45 min annoncées
- 11,99 € en boutique
Ce qui change d’abord, c’est le décor, et ce n’est pas un détail. On est un an après la fin de Casa Olympia, une émission de téléréalité. Une candidate, Isabella Vega, y est morte. L’affaire a été classée, tout le monde est passé à autre chose. Puis l’email d’un lanceur d’alerte la rouvre : il y a désormais des doutes. Il faut donc trouver deux choses, qui a tué et qui a écrit cet email.
La téléréalité, bon. L’éditeur assume à fond, jusqu’à cette phrase de ses fondateurs sur la page du jeu, "Non mais ALLO QUOI ? C’est pas moi qui l’ai tuée", et je veux bien croire que ça parle à quelqu’un. Pas à moi. Le problème n’est pas le mauvais goût, c’est que dans un jeu d’enquête le décor n’est pas un habillage : c’est lui qui donne envie de regarder la carte suivante. Là, l’envie n’y était pas vraiment.
Et puis il y a cette impression, difficile à nommer, que l’affaire est plus trouble que la précédente. Il reste tout du long un je ne sais quoi qui laisse croire qu’un doute subsiste, alors qu’en réalité tout est parfaitement tranché. On avance en se disant qu’il manque une pièce. Elle ne manquait pas.
La mécanique, elle, ne triche à aucun moment. Les indices étaient là, il fallait juste les prendre au sérieux, et c’est nous qui avons refusé la bonne réponse parce qu’elle nous paraissait trop voyante. Mauvais réflexe. Le QR code de fin déroule toute l’affaire dans l’ordre, et on comprend exactement à quel endroit on a déraillé (une heure de partie, au passage, plutôt que les trois quarts d’heure annoncés, mais on n'était pas au top, vous l'avez bien compris).
Sauf qu’on ne recommence pas. C’est la limite du format : une pochette, une affaire, et quand on se plante, on se plante définitivement. Sur une enquête qu’on a aimée, ça n’a aucune importance. Sur celle-là, ça reste dommage.
Cela dit, cette heure-là a bien diverti la tablée, ce qui est déjà l’essentiel de ce qu’on demande à onze euros. Finalement, Qui a tué Isabella Vega ? est une enquête correcte, honnêtement construite, plantée dans un décor qui ne m’a pas embarqué une seconde. Si la téléréalité vous amuse, ou si vous comptez enchaîner toute la gamme, elle fait le travail. Sinon commencez par Armand Pichon et gardez celle-ci pour plus tard. Nous, on la fera tourner quand même : je suis assez curieux de savoir si quelqu’un d’autre écartera le coupable comme nous.





